Friday, April 24, 2009

GUSTAVIA - Mathilde Monnier / La Ribot

http://www.youtube.com/watch?v=DPIneZjBmPE

"Nous nous connaissons depuis plusieurs années, nous avons été chacune spectatrice du travail de l’autre.Depuis quelques mois, nous avons imaginé travailler ensemble un projet doublement signé. Nous avons commencé sans savoir quels étaient nos points communs et là, lors des répétitions et discussions sur Gustavia, nous avons découvert nos points de rencontre et nos divergences. Un de nos points communs est l‘attirance pour le burlesque, le corps et la danse. Nous avons commencé à réfléchir sur ce qu’était pour chacune de nous le burlesque, et surtout le burlesque classique. Le burlesque classique possède des codes et des techniques qui lui sont propres et qui traversent à la fois le cinéma (Peter Sellers, Tati, Marx Brothers, Keaton, Chaplin, Nanni Moretti…), la scène et la performance (Leo Bassi, Anna et Bernard Blume…) mais aussi les arts plastiques. Techniques du renversement, du coup et de l’esquive, le burlesque est un art de la transformation de l’incompétence en compétence. Il permet de distinguer les héros burlesques des héros contestataires. Il surgit dans l’excès de parole comme dans son absence. Le burlesque du corps se niche dans la dépense gratuite, dans la répétition, dans l’accident. Nous sommes aussi arrivées à constater que ce qui est nécessairement lisible dans le burlesque est caché dans la danse, puisque cette dernière n‘est pas ou très peu par essence comique. Le burlesque porte aussi sa dimension et son penchant tragiques, comme s’il y avait toujours un revers dans le rire. Autour de ces premiers questionnements, nous avons commencé à réfléchir pour savoir comment nous pourrions utiliser ces codes de langage scénique autour de préoccupations plus personnelles liées à nos parcours d’artistes. Nous avons emprunté des chemins artistiques très différents l’une et l’autre, mais qui sont tendus par des réflexions et des inquiétudes communes autour des questions du devenir de l’artiste. L’art est-il encore au coeur du discours politique et social ? Quel enjeu, quelle marge d’influence l’artiste est-il en mesure d’attendre de la société ? Face à un constat de dissolution de la figure artistique dans le champ sociétal, devons-nous nous préparer à l’enterrement d’un certain statut de l’artiste ? Quelle place l’artiste se donne-t-il et à quelle place le met-on ? Le travail de cette création tentera d’apporter un éclairage assez noir sur ces questions, regard que nous souhaitons singulier, non-consensuel et personnel. Le burlesque devrait être un des outils qui nous permettra de traverser et de donner un espace théâtral à nos visions.

Mathilde MONNIER & LA RIBOT

L’intuition de la rencontre est à la base du dialogue entrepris par Mathilde Monnier et Maria La Ribot. Echanges qui constituent la matière même de cette création. A la recherche d’une forme possible à inventer, travailler, moduler à partir d’éléments issus de leur propre démarche. Mathilde Monnier conçoit souvent ses pièces en collaboration avec d’autres artistes. Projets qui renouvellent ses enjeux autour de la création, de l’écriture et de la pensée du vivre ensemble. Elle a dernièrement questionné la notion de « petits groupes » dans Tempo 76, l’univers de la chanson avec Philippe Katerine et le rapport au texte avec Chrsitine Angot.
Les méfaits de l’art selon Maria La Ribot développent un humour solaire et décapant qu’elle applique à ses propres œuvres. Tout d’abord dans les Pièces distinguées, courts formats critiques empruntés aux arts visuels, et jouées en solo. Mais aussi avec les 40 espontanéos, revisitant le vocabulaire tauromachique pour investir l’espace des théâtres façon arts plastiques, ou encore l’étrange grotesque de Laughing Hole, avec ses mots à double sens trempés dans les secousses du rire et de l’actualité.

Quoi de commun donc chez ces deux chorégraphes, l’une française l’autre espagnole, l’une caractérisée par ses projets de groupes, l’autre par ses performances en solitaire ? Tout commence par le cadre. Volontairement modeste, il va peu à peu déterminer les enjeux. Soit une scène et elles deux en tant qu’interprètes. Une durée, trois mois de travail partagé. Pour Maria La Ribot, il y a en plus la caméra à la main, le témoin. Mathilde Monnier, en revanche, utilise le prompteur comme outil d’écriture. Avec cela, quelles sont les choses que l’on peut faire ensemble lorsqu’on a pour intérêt commun le corps et le mouvement, et que la question posée reste celle du vivant ?"
Irène FILIBERTI

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